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Défense de la Chine contre l’impérialisme et la contre-révolution ! Hystérie chauvine contre l’acier chinois

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Le Bolchévik nº 218 Décembre 2016
L’article ci-dessous est traduit de Workers Vanguard, le journal de la Spartacist League/U.S. (n° 1098, 21 octobre).
Alors que les menaces de licenciements et de fermetures d’usines se multiplient dans la sidérurgie au niveau international, une campagne chauvine hystérique contre les importations d’acier chinois est attisée par les gouvernements, les médias, les patrons de la sidérurgie et les responsables syndicaux aux Etats-Unis et en Europe. Les candidats à la présidentielle américaine, le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton (et précédemment Bernie Sanders), poussent à une guerre commerciale anti-chinoise, avec la sidérurgie en première ligne. En mai dernier, l’administration Obama a imposé des droits de douane astronomiques de plus de 500 % sur les importations chinoises d’acier laminé à froid (utilisé pour les carrosseries de voiture, l’électroménager et le bâtiment) et de 451 % sur l’acier inoxydable chinois. Peu après, la commission américaine du commerce international acceptait d’étudier la demande de la société U.S Steel d’interdire totalement les importations d’acier chinois, avec une décision attendue en début de mandat du prochain président.
Alliés dans cette affaire au patronat de la sidérurgie, les dirigeants traîtres des syndicats agitent depuis longtemps le drapeau du protectionnisme sous le mot d’ordre « l’Amérique d’abord ». Sous cette bannière, ces vendus ont continuellement laissé détruire des acquis qui avaient été arrachés par des luttes acharnées de la classe ouvrière – noire, blanche ou immigrée. Leo Gerard, le président international de l’United Steelworkers Union (USW), appelait au printemps dernier Washington à « interdire » l’acier chinois. En même temps, les pontes de l’USW signaient avec les principales compagnies sidérurgiques de nouveaux accords d’entreprises incluant des gels de salaires, des coupes sombres dans les retraites et la couverture médicale et un engagement du syndicat à ne pas faire grève alors même que des usines fermaient et que des centaines d’ouvriers étaient licenciés.
En Europe plusieurs syndicats ont participé, le 15 février 2016 à Bruxelles, à un rassemblement de quelque 5 000 personnes à l’appel de la fédération patronale européenne de l’acier Eurofer pour exiger de l’Union européenne (UE) qu’elle édicte elle aussi des mesures protectionnistes. Le 11 avril, le syndicat allemand IG Metall et le patronat allemand de l’acier ont agi de concert pour mobiliser des dizaines de milliers de sidérurgistes lors de semblables manifestations chauvines et anti-chinoises.
Les propriétaires capitalistes des géants de l’acier comme ArcelorMittal, U.S. Steel, Nucor, Thyssen Krupp, Nippon Steel, Tata Steel, Posco, etc., ont extorqué depuis des décennies d’énormes profits aux ouvriers aux dépens des emplois, des salaires et des retraites. Pour y parvenir, ils ont cassé les grèves et utilisé l’arme du lock-out contre les ouvriers.
Tout comme la bureaucratie syndicale américaine a laissé les syndicats se réduire comme peau de chagrin aux Etats-Unis, ses homologues européens ont saboté la lutte contre l’austérité. Il est indécent que les chefs de syndicats aussi puissants potentiellement que l’USW, l’IG Metall, UNITE et GMB en Grande-Bretagne ou les confédérations syndicales françaises (CGT, CFDT, FO) fassent cause commune avec l’ennemi de classe pour exiger que l’Etat capitaliste prenne des mesures économiques contre la Chine. Dans l’économie mondiale créée par le capitalisme, le prolétariat est une classe internationale. Ce qu’il nous faut, c’est l’unité des travailleurs contre les capitalistes au sein de chaque pays comme au niveau international.
Les bureaucrates syndicaux qui appellent à une guerre commerciale réactionnaire contre la Chine disent vouloir protéger les emplois et les salaires des travailleurs contre la « concurrence déloyale » et le « dumping ». Le chauvinisme des bureaucrates dans ce pays, soi-disant pour « sauver les emplois américains », accrédite le mensonge selon lequel les travailleurs aux Etats-Unis partageraient un « intérêt national » commun avec leurs exploiteurs. Une telle collaboration de classes sape toute perspective de mener la lutte de classe qui est nécessaire pour préserver et accroître les emplois, les salaires, les retraites et la couverture médicale. En faisant porter aux travailleurs des autres pays la responsabilité des suppressions d’emplois aux Etats-Unis, le protectionnisme contribue aussi à alimenter le chauvinisme contre les travailleurs asiatiques et latino-américains aux Etats-Unis mêmes et à ruiner la possibilité d’une solidarité ouvrière internationale.
Ce que les maîtres de forges « protègent » avant tout, c’est leur taux de profit monopoliste. La campagne anti-chinoise des impérialistes a également un but politique plus large. Tout d’abord, elle vise à faire de la Chine le bouc émissaire de la stagnation et du déclin de l’économie capitaliste mondiale. Nous avons démenti ces assertions dans notre article « La Chine et l’économie mondiale : le mythe et la réalité » (le Bolchévik n° 214, décembre 2015).
La guerre commerciale qui s’intensifie contre la Chine n’est qu’une partie d’une offensive plus globale, centrée sur la pression militaire combinée avec la pénétration économique capitaliste, dont le but ultime est de restaurer le capitalisme en Chine et de rouvrir ce pays à une exploitation impérialiste sans entraves. La Révolution chinoise de 1949, qui était basée sur la paysannerie, a renversé le pouvoir des capitalistes et des propriétaires terriens et elle a conduit à la mise en place des fondements économiques du pouvoir ouvrier : propriété collectivisée des forces productives et planification économique. Toutefois, l’Etat ouvrier qui en a résulté était déformé dès sa naissance par le pouvoir d’une caste bureaucratique parasitaire qui avait exclu la classe ouvrière du pouvoir politique. Malgré cela, l’économie collectivisée a permis de libérer la Chine de la domination impérialiste, de faire sortir de la pauvreté des centaines de millions de personnes, de réaliser l’alphabétisation de masse et d’ouvrir des opportunités sans précédent aux femmes chinoises qui, avant la révolution, étaient à peine considérées comme des êtres humains.
La démocratie prolétarienne est essentielle pour faire fonctionner de façon rationnelle une économie collectivisée. Mais ceci est incompatible avec le régime bureaucratique des staliniens chinois. Au lieu de cela, les staliniens de Pékin cherchent depuis plusieurs décennies à corriger le gaspillage et l’inefficacité de la planification centrale bureaucratique par la discipline du marché. En encourageant la croissance d’une classe capitaliste domestique et en comptant sur les investissements capitalistes étrangers, les « réformes » de marché accroissent grandement la menace de contre-révolution interne. En même temps qu’elles apportent une expansion économique qui a amélioré le niveau de vie d’une grande partie de la population, les réformes de marché conduisent aussi à un énorme accroissement des inégalités sociales. Néanmoins, le noyau central de l’économie chinoise demeure collectivisé.
Tout comme les ouvriers dans les pays capitalistes doivent défendre leurs syndicats contre les patrons malgré la direction syndicale corrompue en place aujourd’hui, ils doivent défendre l’Etat ouvrier chinois contre la contre-révolution capitaliste malgré la bureaucratie stalinienne au pouvoir. Les bureaucrates syndicaux aux Etats-Unis sont dévoués au système capitaliste de profit et ils enchaînent politiquement les travailleurs à l’ennemi de classe en prêtant allégeance au Parti démocrate. Ils doivent être éjectés de leurs postes à la tête des syndicats au moyen d’une bataille politique, et remplacés par une direction lutte de classe déterminée à renverser l’ordre capitaliste. En Chine, la caste bureaucratique doit être chassée par une révolution politique prolétarienne pour préserver et étendre les formes de propriété ouvrières créées par la Révolution de 1949.
L’acier : mensonges et réalités
La production d’acier est essentielle à une économie industrielle moderne, et elle est critique pour la défense militaire. La Chine a le droit de protéger son industrie de la concurrence capitaliste et d’exporter l’acier sur le marché mondial, même à un prix inférieur au coût de production. Quand les impérialistes exigent de la Chine qu’elle renonce aux « subventions étatiques » dans la sidérurgie, cela revient en fait à exiger sa privatisation complète, c’est-à-dire le renversement des formes de propriété collectivisées.
Ceux qui jettent l’anathème sur la Chine dénoncent les flots d’acier qui seraient déversés par les usines chinoises pour « inonder » le marché mondial, tirer les prix vers le bas et contraindre les autres producteurs à fermer boutique. Le Wall Street Journal (25 avril) évoque un « flot d’acier chinois qui pèse sur l’industrie américaine », tandis que Dave Hulse, responsable national du syndicat britannique GMB, déclare que « ce dumping doit cesser, sinon les emplois dans la sidérurgie du Royaume-Uni vont simplement fondre comme neige au soleil ». La Chine est rendue responsable de « Pourquoi le monde a trop d’acier », selon la formule de l’Economist de Londres (4 mai).
En fait, le monde a besoin de beaucoup plus d’acier, comme on peut le voir en jetant un coup d’œil au délabrement des infrastructures aux Etats-Unis ou au sous-développement économique imposé au monde néocolonial. Il n’y a « surproduction » d’acier sur le marché mondial que par rapport à la stagnation et au déclin des économies capitalistes suite à la crise financière mondiale de 2008.
Cet effondrement et la récession qui a suivi étaient le résultat du système de profit capitaliste anarchique, tout comme les licenciements et les fermetures d’usine aujourd’hui dans la sidérurgie. Mesurée par ce que l’on appelle l’utilisation réelle d’acier, la consommation d’acier aux Etats-Unis a diminué de 3 % entre 2007 et 2014. Elle a chuté de 11 % au Japon et de carrément 30 % dans l’UE. Comme l’expliquait en avril dernier un porte-parole du Ministère chinois du Commerce : « L’acier est la nourriture de l’industrie, la nourriture du développement économique. Aujourd’hui, le problème majeur est que les pays qui ont besoin de nourriture n’ont pas beaucoup d’appétit, et donc cela donne l’impression qu’il y a trop de nourriture. »
Pendant cette même période, l’utilisation réelle d’acier en Chine a augmenté de 175 % avec le lancement par Pékin d’un ambitieux programme de développement des infrastructures. Aujourd’hui, la Chine produit environ la moitié de l’acier mondial, contre 15 % en 2000. Le taux de croissance annuel de l’économie chinoise est aujourd’hui supérieur à 6 %, alors que les pays capitalistes avancés peinent à faire mieux que 2 % et restent constamment sous la menace d’une crise et d’une récession. En réponse aux pressions du secrétaire au Commerce des Etats-Unis pour que la Chine réduise drastiquement ses capacités de production d’acier, le ministre chinois des Finances Lou Jiwei faisait remarquer lors d’une conférence de presse le 6 juin que l’excédent de capacité de la Chine est le résultat des investissements dans les infrastructures pendant la crise économique mondiale de 2009-2011 ; dans cette période, la Chine a contribué pour plus de la moitié de la croissance économique mondiale. Il ajoutait : « A cette époque, le monde entier applaudissait la Chine et remerciait la Chine, mais maintenant ils disent que la capacité de production excédentaire de la Chine asphyxie le monde. Que disaient-ils à ce moment-là ? » (cctvplus.tv).
Jusqu’à une période récente, l’acier produit en Chine était utilisé presque totalement en Chine même. Pékin essaie ces dernières années de réorienter l’économie vers le marché de la consommation intérieure. Cela a entraîné une diminution des exportations et des projets d’infrastructure, ce qui s’est traduit par une moindre demande intérieure d’acier. Si la Chine était un pays capitaliste, la solution aurait été simple et brutale : des licenciements massifs d’ouvriers sidérurgistes. Mais même si le gouvernement chinois a annoncé des plans pour réduire la capacité de production d’acier et fermer des mines de charbon, il craint les protestations ouvrières et les grèves de masse que provoqueraient des licenciements massifs. Du coup, le gouvernement hésite à réduire la production trop précipitamment et il vend l’excédent d’acier sur le marché mondial. Les usines qualifiées de « zombies », essentiellement des entreprises d’Etat dans la sidérurgie et d’autres secteurs affectés par ce problème comme les cimenteries, continuent à payer leurs ouvriers et accumulent pertes et dettes – quelque chose d’inconcevable dans le monde capitaliste.
Ceux qui prônent des droits de douane « anti-dumping » prétendent souvent que les producteurs étrangers vendent en-dessous du coût de production – que cela soit ou non le cas. La base selon laquelle les impérialistes estiment le coût de production de l’acier chinois est ce qu’on appelle la « méthode de comparaison » : ils calculent le coût de production dans un pays ayant un revenu moyen similaire (comme la Pologne, la Thaïlande ou l’Afrique du Sud) et le déclarent simplement équivalent au coût chinois. Même un porte-voix de l’impérialisme comme le New York Times (3 mai) est bien obligé de reconnaître que « les pays comparables ont souvent des coûts plus élevés que la Chine, qui bénéficie d’économies d’échelle plus importantes ».
Du fait de son énorme volume de production, la Chine exporte aujourd’hui en une année à peu près autant d’acier qu’en produit le Japon, le deuxième producteur mondial. Toutefois, les exportations d’acier chinois ne représentent qu’environ 12 % de sa production totale. C’est une proportion substantiellement plus faible que celle du Japon et de la Corée du Sud (qui exportent chacun autour de 40 % de leur production) ou même du Brésil, de la Turquie et de la Russie.
La prétendue « inondation » des Etats-Unis et de l’Europe par l’acier chinois n’est en fait qu’un modeste filet d’eau. Le principal exportateur d’acier vers les Etats-Unis est le Canada (19 % du total), suivi du Brésil, de la Corée du Sud, du Mexique, de la Turquie et du Japon. La Chine représente moins de 3 % des importations d’acier aux Etats-Unis et moins de 1 % du marché total de l’acier dans ce pays. Quant à l’UE, si les importations d’acier chinois y sont plus importantes qu’aux Etats-Unis, elles ne représentent qu’environ 4 % de la demande totale. Pourtant, depuis août, l’UE a frappé plusieurs produits sidérurgiques chinois de droits de douane allant jusqu’à 73 %.
Il est particulièrement absurde de rendre les importations chinoises responsables du déclin de l’acier britannique. Lorsque la British Steel Corporation fut créée suite à la nationalisation de l’industrie par le gouvernement travailliste en 1967, elle employait 268 500 ouvriers. Deux ans après la nomination de Margaret Thatcher au poste de Premier Ministre en 1979, les effectifs avaient été drastiquement ramenés à seulement 88 200. Thatcher privatisa British Steel en 1988, et la chute des effectifs se poursuivit. La demande d’acier ayant baissé suite à l’austérité imposée par les gouvernements successifs, Tata Steel, qui détient ce qui reste de British Steel, a menacé de fermer la plupart de ses aciéries britanniques.
En Allemagne, l’emploi dans la sidérurgie a commencé à diminuer à partir des années 1980 et la productivité s’est améliorée, ce qui a conduit à une augmentation globale de la production. A l’Ouest, la région industrielle de la Ruhr a été dévastée par les fermetures d’usine et les restructurations. Ces pertes d’emplois se sont faites sans aucune lutte sérieuse de la part des dirigeants syndicaux traîtres. Lorsque l’Etat ouvrier déformé est-allemand a succombé face à la contre-révolution en 1990, les nouveaux maîtres capitalistes ont opéré des licenciements massifs et des fermetures d’usine également à l’Est. La Chine est loin d’être la cause des problèmes économiques de l’Allemagne. Bien au contraire, les exportations de produits en tous genres vers la Chine ont été un facteur substantiel de la réussite économique de l’Allemagne, comparée aux puissances capitalistes rivales. Etant donné que beaucoup de ses entreprises dépendent aussi de fournisseurs chinois, une partie importante de la bourgeoisie allemande – ainsi que la classe ouvrière – aurait beaucoup à perdre dans une guerre commerciale avec la Chine.
L’Asie se taille la part du lion dans les exportations d’acier chinois. C’est dans une large mesure le résultat de la politique du gouvernement chinois de construire des infrastructures dans la région dans le cadre de son projet « Une ceinture, une route ». La Chine, qui cherche à contrecarrer les efforts de l’impérialisme américain (et japonais) pour endiguer son influence, affirme qu’elle est prête à investir quatre mille milliards de dollars dans ce projet (également appelé « Nouvelle route de la soie ») qui comporte de multiples réseaux commerciaux connectant l’Asie et l’Europe de l’Ouest, notamment des pipelines, des chemins de fer et des autoroutes.
Dumping et capital monopoliste
La sidérurgie chinoise, comme l’économie chinoise dans son ensemble, fonctionne d’une façon fondamentalement différente du capitalisme. L’objectif principal de la production en Chine n’est pas de maximiser les profits ou d’accaparer une plus grande part du marché mondial. Les « pratiques commerciales déloyales » dont la Chine est accusée sont plutôt typiques des pratiques monopolistes des trusts et cartels qui dominent l’industrie dans les pays capitalistes. Les requins de l’industrie, comme le magnat américain de l’acier Andrew Carnegie, étaient passés maîtres dans des techniques comme vendre en dessous du coût de production dans le but de ruiner leurs concurrents – techniques qu’ils employaient en même temps qu’ils massacraient les ouvriers en grève. Les maîtres de forges d’aujourd’hui sont faits du même bois. Quand ils espèrent accaparer une part de marché plus grande en vendant bon marché à l’étranger, ils réclament « la liberté du commerce ». Quand ils font eux-mêmes face à des concurrents qui vendent à meilleur prix, ils demandent l’intervention de leur gouvernement pour que celui-ci leur redonne l’avantage à coups de barrières douanières et de subventions.
L’époque où prévalait la libre concurrence est révolue depuis au moins le début du XXe siècle, quand le capitalisme est entré dans sa phase de décadence impérialiste. Plusieurs décennies auparavant, Karl Marx avait montré que la libre concurrence donne naissance à la concentration de la production, qui à son tour, à un certain stade de développement, conduit au monopole. Une poignée d’entreprises géantes acquièrent la capacité de manipuler la production et les prix dans le but de maximiser les profits tout au long du cycle capitaliste où alternent phases de prospérité et récessions économiques. Dans son ouvrage de 1916 l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine a démontré qu’au début des années 1900, le capital financier monopoliste était devenu dominant dans les pays capitalistes les plus avancés.
Les grandes entreprises sont en concurrence les unes avec les autres pour dominer le marché. Celles qui ne résistent pas à la concurrence sont impitoyablement poussées vers la faillite. Comme le faisait remarquer Lénine, « le monopole s’ouvre un chemin partout et par tous les moyens, depuis le paiement d’une “modeste” indemnité jusqu’au “recours”, à la façon américaine, au dynamitage du concurrent ». C’est pareil aujourd’hui. En 2014, U.S. Steel, ArcelorMittal et d’autres sociétés ont été contraintes de négocier un accord de « plaider coupable » suite à une action judiciaire où elles étaient accusées de s’être entendues pour réduire la production afin de faire monter les prix, dans la plus pure tradition des requins de l’industrie.
Avec l’avènement de l’impérialisme, le capital financier se retrouve concentré entre les mains d’une poignée de banques géantes, qui exercent un immense pouvoir sur l’économie. Le capital financier mondial est dominé par les pays capitalistes les plus avancés, qui cherchent à contrôler les ressources naturelles, les marchés et les sources de main-d’œuvre bon marché dans le monde entier. C’est ce qui conduit au cycle sans fin des guerres néocoloniales ainsi qu’aux efforts constants pour restaurer le capitalisme en Chine et dans les autres Etats ouvriers déformés (Cuba, Laos, Corée du Nord et Vietnam). En dernier ressort, lorsque la concurrence économique entre puissances impérialistes ne peut plus être arbitrée par des voies pacifiques, le monde plonge dans la guerre inter-impérialiste, comme cela s’est produit par deux fois au cours du siècle dernier.
La sidérurgie est le meilleur exemple de capitalisme monopoliste impérialiste. Aux Etats-Unis, le géant United States Steel Corporation fut créé en 1901 avec le rachat de Carnegie Steel par le magnat de la banque J.P. Morgan ; c’était l’aboutissement des efforts pour créer un trust de l’acier couvrant l’ensemble du pays et intégrant l’ensemble du procès de production, des mines jusqu’au produit fini. A ses débuts, ce monopole produisait les deux tiers de l’acier américain. A cette époque, l’acier allemand était dominé par les empires Krupp et Thyssen, devenus depuis ThyssenKrupp. La sidérurgie japonaise était intégrée aux zaibatsu, des monopoles immenses parrainés par l’Etat, dont les descendants modernes sont appelés keiretsu. Une récente consolidation a réduit au nombre de trois les grands producteurs d’acier japonais ; le plus grand d’entre eux est Nippon Steel, troisième producteur mondial en 2015. ArcelorMittal, la plus grosse société sidérurgique au monde, est le résultat d’une série de fusions de sociétés opérant en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.
Dans les années 1920, les Etats-Unis produisaient la moitié de l’acier mondial, et au lendemain du carnage de la Deuxième Guerre mondiale ils étaient devenus la puissance impérialiste dominante, avec une suprématie écrasante. Dans les années 1950, les rivaux vaincus de l’Amérique – l’Allemagne et le Japon – reconstruisirent leurs industries dévastées en utilisant les nouvelles technologies, plus productives, comme la coulée continue et le convertisseur à oxygène pur. Pendant ce temps, le cartel de l’U.S. Steel investissait peu dans la modernisation. Devenues non compétitives sur le marché mondial dans les années 1970, les plus grandes entreprises américaines n’étaient plus en mesure de générer suffisamment de profits pour satisfaire leurs investisseurs capitalistes. Les aciéries à l’abandon commencèrent à se multiplier dans le paysage de la « ceinture de la rouille » du Middle-West américain. Aujourd’hui, la part de l’acier mondial produit aux Etats-Unis est inférieure à 5 %.
Une bonne partie de la production d’acier américain a été transférée vers des mini-usines low-cost, plus petites et largement non syndiquées, qui utilisent des fours à arc électrique, plus efficaces, pour fabriquer de l’acier essentiellement à partir de ferraille. En 2005, l’industrie produisait autant d’acier qu’au début des années 1960, mais avec cinq fois moins de main-d’œuvre. Les immenses profits soutirés aux ouvriers allaient dans les poches des riches actionnaires capitalistes, pendant que les retraites étaient drastiquement réduites et que les salaires et les prestations sociales et de santé stagnaient ou diminuaient. De leur côté, les pontes du syndicat USW n’ont fait aucun effort sérieux pour syndiquer les usines non syndiquées. Aujourd’hui, après plusieurs crises économiques, la sidérurgie s’est à nouveau concentrée suite à une série de faillites et de fusions. Les cinq plus grandes entreprises – dont la principale est Nucor, un opérateur de mini-usines viscéralement anti-syndicats – représentent aujourd’hui plus des deux tiers de la production américaine d’acier.
La destruction des salaires et des conditions de vie des ouvriers sidérurgistes prend ses racines dans le système capitaliste de production pour le profit. Face à la paupérisation continuelle du prolétariat, la puissance du mouvement ouvrier doit être mobilisée pour un combat lutte de classe autour d’une série de revendications transitoires qui remettront en cause les droits de propriété des capitalistes. Parmi ces revendications figurent l’échelle mobile des salaires et des heures de travail – la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire pour mettre fin aux licenciements ; un programme massif de travaux publics pour restaurer et étendre les infrastructures aujourd’hui délabrées et donner du travail à tous, avec des salaires au tarif syndical ; et là où c’est nécessaire des formations-reconversions pour les ouvriers avec salaire à taux plein payé par les capitalistes. Pour mener ce combat, la classe ouvrière aura besoin d’arracher l’industrie et les transports des mains des capitalistes et de mettre en place un gouvernement ouvrier qui reconstruira la société sur la base d’une économie socialiste planifiée.
Pour l’internationalisme prolétarien !
La sidérurgie chinoise comprend à la fois de gigantesques entreprises d’Etat avancées, contrôlées par le gouvernement central, et une pléthore de petites aciéries dispersées et utilisant généralement des technologies moins avancées, qui appartiennent au secteur privé ou aux autorités locales. Les entreprises officiellement privées produisent plus de la moitié de l’acier chinois – contre seulement 5 % en 2003. Pékin exerce le contrôle effectif sur la sidérurgie, non seulement par l’intermédiaire des grands « champions nationaux » étatisés comme Baosteel et Hebei Steel (qui figurent tous deux parmi les cinq premiers producteurs mondiaux), mais aussi indirectement à travers le contrôle du système financier et autres leviers à la disposition du gouvernement central. Les petites entreprises qui ont proliféré pour profiter du développement massif des infrastructures décidé par Pékin, et les grandes entreprises d’Etat qui produisent pour le marché, ont toutes contribué à exacerber l’excédent de capacités de production d’acier en Chine quand les dépenses d’infrastructures ont commencé à se tarir.
Pékin a annoncé des plans pour réduire d’au moins 10 % la capacité de production d’acier et d’extraction de charbon au cours des prochaines années, ce qui éliminerait au moins 1,8 million d’emplois. Beaucoup d’entreprises privées ont tout simplement fermé, laissant souvent des mois d’arriérés de salaires dus à leurs ouvriers. Ces fermetures, ainsi que les réductions d’effectifs dans les entreprises d’Etat, ont provoqué une flambée de grèves et d’actions de protestation ouvrières, qui auraient doublé en 2015 par rapport à l’année précédente. Dans la seule province du Hebei, qui produit un quart de l’acier chinois, il y a eu 300 grèves entre janvier 2015 et mars 2016. S’il réprime fréquemment les protestations, le régime de Xi Jinping a aussi annoncé une enveloppe de 100 milliards de yuan sur deux ans (près de 4 000 euros par ouvrier et par an) pour aider les ouvriers licenciés. Il a également budgété l’équivalent de plusieurs milliards d’euros pour financer des prestations sociales et des mesures de formation.
Malgré les spectaculaires percées économiques réalisées depuis vingt ans, la Chine reste un pays pauvre par rapport aux puissances impérialistes. La perspective de la bureaucratie chinoise, qui est de faire passer la Chine d’une économie basée sur une industrie manufacturière tirée par l’exportation à une économie centrée sur la demande intérieure de produits de consommation et de services, exigerait la transformation de la vaste population rurale chinoise en une masse de consommateurs modernes. Ce plan met en lumière le défi fondamental à long terme auquel le pays est confronté : combler le fossé économique entre la Chine urbaine et les campagnes, plus retardataires et plus pauvres.
Pour commencer à combler ce fossé, il faudra une redistribution et une réaffectation massives des ressources économiques. Les fermes chinoises, qui représentent plus de 200 millions de petits lopins paysans de moins d’un demi-hectare en moyenne, fournissent à peine un revenu suffisant pour vivre, sans même parler d’une épargne qui pourrait être investie dans la modernisation agricole. La modernisation sociale et économique nécessite de passer des petites parcelles à une agriculture mécanisée à grande échelle, ce qui passera notamment par la re-collectivisation volontaire de l’agriculture.
L’introduction de la technologie moderne dans les campagnes nécessite une base industrielle qualitativement supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Réciproquement, une augmentation de la productivité agricole fera naître le besoin d’une énorme expansion des emplois industriels dans les zones urbaines, de manière à absorber le vaste surplus de main-d’œuvre qui ne sera plus nécessaire dans les campagnes. En dernier ressort, la réalisation de cette perspective reposera nécessairement sur l’aide que la Chine obtiendra d’un Japon ou d’une Amérique socialistes.
Cette réalité souligne la nécessité d’une révolution prolétarienne internationale. Les dirigeants du Parti communiste au pouvoir croient à tort qu’ils peuvent moderniser la Chine et en faire une grande puissance mondiale – et même la superpuissance mondiale du XXIe siècle – face aux armées plus puissantes et à la technologie plus avancée des impérialistes. Cette politique est l’expression du dogme nationaliste stalinien du « socialisme dans un seul pays », qui s’accompagne d’une vaine quête de « coexistence pacifique » avec l’impérialisme. Cette fable antimarxiste ne cesse de saper la défense des Etats ouvriers, en particulier en conduisant à trahir des révolutions prolétariennes dans les autres pays.
L’émergence de l’impérialisme à l’aube du XXe siècle a ouvert l’époque de la décadence capitaliste, des guerres et des révolutions, dans laquelle nous vivons toujours. Ce système décadent doit être balayé par la révolution socialiste internationale. Seule la création d’une économie planifiée internationale peut libérer les forces productives nécessaires pour abolir la pénurie dans le monde entier et poser les bases d’une société socialiste où la division en classes et l’exploitation seront de l’histoire ancienne.
Pour apporter cette conscience au prolétariat et lui donner une direction dans la lutte, il faut un parti révolutionnaire international, avec des sections dans tous les pays du monde. Ce parti doit se fonder sur les leçons de la Révolution russe victorieuse de 1917, dirigée par les bolchéviks de Lénine et Trotsky. La Ligue communiste internationale, dont la Spartacist League/U.S. est la section américaine, est déterminée à se battre pour reforger la Quatrième Internationale, parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/218/chine.html
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La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

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Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
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Un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement indique qu’entre 2006 et 2011, l’Afrique a enregistré le taux le plus élevé de rendement des ... description_nouvel-atlas__1-2-france-au-pays_commerce.html. En poursuivant votre navigation sur notre site internet, vous acceptez l'utilisation de cookies pour sécuriser votre connexion, faciliter votre navigation, vous proposer des services et des offres adaptées et réaliser des statistiques de visites. RElATIonS commERcIAlES 9 la croissance des importations belges en provenance de l’Afrique du sud a atteint 6,6% en 2008. en 2009, elles chutent de 35,4%, avant une progression significative de 18,3% en 2010. elles étaient à nouveau en hausse en 2011 (+17,7%) et en 2012 (+2,2%), mais de manière moins Les fondements du commerce. Le commerce comme d’autres activités participe à l’économie d’un pays. C’est une activité exercée dans le respect de certaines règles. Commerce et droit. Sur le plan juridique, on parle de commerce comme tout acte qualifié de commercial par la loi. Activités commerciales en Afrique du Sud. Le commerce est une activité économique d'achat et de revente de biens et de services, en particulier l'achat dans le but de revendre avec un profit ou un bénéfice. Les lois qui le régissent sont indiquées dans le Code de commerce et possède ses propres juridictions nationales ou internationales.

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